recouvrement
Faire opposition à un commandement de payer : dix jours pour agir
16 août 2026

Recevoir un commandement de payer produit toujours le même effet : un mélange de colère et de sidération, suivi d'une envie de tout expliquer par écrit. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire en premier. La première chose à faire est beaucoup plus simple, et il y a un délai.
Ce qu'est réellement ce document
Un commandement de payer n'est pas un jugement. Il n'établit pas que vous devez quoi que ce soit. Toute personne peut engager une poursuite contre n'importe qui, pour n'importe quel montant, sans produire la moindre preuve à ce stade.
Cette absence de contrôle initial est déroutante, mais elle a une contrepartie directe : vous pouvez bloquer la procédure aussi facilement qu'elle a été engagée.
Le délai : dix jours
Vous disposez de dix jours dès la notification pour former opposition. C'est court, et c'est le point sur lequel tout se joue.
Passé ce délai, le commandement de payer n'est plus contestable par cette voie, et la poursuite peut suivre son cours sans que le créancier ait jamais eu à prouver sa créance. Des voies existent pour les cas de force majeure, mais elles sont étroites et incertaines. Le réflexe à avoir est de faire opposition d'abord, et de réfléchir ensuite.
Vous n'avez rien à justifier
C'est le point le plus contre-intuitif du système. L'opposition n'a pas à être motivée. Vous n'avez pas à expliquer pourquoi vous contestez, pas à joindre de pièces, pas à démontrer quoi que ce soit.
Écrire une longue lettre d'explication est non seulement inutile, mais parfois contre-productif : un aveu maladroit glissé au détour d'un paragraphe pourra vous être opposé plus tard. Restez bref.
Comment la former
Deux voies. Oralement, directement auprès de l'office des poursuites, y compris au moment où l'agent vous remet le document — dites simplement que vous faites opposition, elle est consignée immédiatement.
Ou par écrit, adressé à l'office des poursuites qui figure sur le commandement, en recommandé. Le courrier doit permettre d'identifier sans ambiguïté la poursuite concernée :
- vos nom, prénom et adresse
- le numéro de la poursuite
- le nom du créancier
- la phrase qui compte : que vous formez opposition totale au commandement de payer
- le lieu, la date et votre signature
Quelques lignes suffisent. Demandez une confirmation écrite de l'enregistrement de l'opposition.
Opposition totale ou partielle
Si vous reconnaissez devoir une partie de la somme et contestez le reste, vous pouvez former opposition partielle. Il faut alors indiquer précisément le montant que vous ne contestez pas.
C'est un choix à peser. L'opposition partielle vaut reconnaissance du solde non contesté, et ce montant redevient immédiatement exigible. En cas de doute sur le décompte, l'opposition totale laisse plus de marge — elle ne vous empêche nullement de payer ensuite ce que vous estimez dû.
Ce qui se passe après
L'opposition suspend la poursuite. La balle passe au créancier : c'est à lui d'agir s'il veut aller plus loin, en demandant la mainlevée de l'opposition devant le juge, ou en engageant une action au fond.
Il devra alors produire ce qu'il n'a jamais eu à produire jusque-là : un titre, un contrat, une reconnaissance de dette, un jugement. Beaucoup de poursuites engagées à la légère s'arrêtent exactement là.
Le registre des poursuites
L'opposition bloque la procédure, mais l'inscription de la poursuite au registre subsiste et reste visible sur un extrait — ce qui a des conséquences concrètes pour une recherche de logement ou de crédit. Des démarches existent pour faire radier une poursuite injustifiée ; elles sont distinctes de l'opposition et interviennent plus tard.
Ce point mérite d'être anticipé si vous cherchez un appartement dans les mois qui viennent.
Payer sans reconnaître
Régler la somme pour clore l'affaire est parfois la solution la plus économique, même quand on estime ne rien devoir. Dans ce cas, l'écrit qui accompagne le paiement compte : préciser que le versement intervient sans reconnaissance de dette évite qu'il soit interprété comme un aveu utilisable ailleurs.
L'Atelier de rédaction rédige vos oppositions et vos courriers à l'office des poursuites : vous transmettez le commandement de payer, un·e rédacteur·rice produit un document conforme, précis et prêt à envoyer, livré en 72h — et dans les délais si vous nous écrivez rapidement. Pour la suite de la procédure, notamment en cas de demande de mainlevée, l'appui d'un avocat ou d'un service juridique reste recommandé.